Tout savoir sur le champagne et comprendre ce que vaut un champagne cher

Le champagne est sans doute le vin français le plus cité, et l'un des plus mal expliqués. Beaucoup de guides répètent que Dom Pérignon l'a inventé, qu'un champagne « sec » est peu sucré ou que Dom Pérignon est une maison : ces trois affirmations sont fausses. Voici les bases, vérifiées, puis de quoi choisir une bouteille et la servir correctement.

Qu'est-ce que le champagne ?

Le champagne est un vin effervescent protégé par l'appellation d'origine contrôlée Champagne, reconnue en 1936. Il ne peut être produit que dans une aire délimitée du nord-est de la France, à partir de cépages autorisés, et doit prendre sa mousse par une seconde fermentation en bouteille, selon la méthode dite traditionnelle.

L'appellation encadre presque tout : la zone de production (un peu plus de 31 000 hectares de vignes, principalement dans la Marne, l'Aube et l'Aisne), les rendements, la taille de la vigne et le temps passé en cave. Un champagne non millésimé doit vieillir au moins 15 mois avant d'être expédié, dont 12 sur ses lies. Pour un millésimé, le minimum passe à trois ans.

Contrairement à la légende, Dom Pierre Pérignon, cellérier de l'abbaye d'Hautvillers, né en 1638 et mort en 1715, n'a pas inventé le champagne. Les vins de la région moussaient déjà spontanément, souvent au grand dam des producteurs dont les bouteilles éclataient. Son apport se situe ailleurs : l'art d'assembler des raisins de parcelles différentes et un pressurage délicat des raisins noirs pour obtenir un jus clair. La maîtrise de la prise de mousse viendra plus tard, avec les progrès du verre et la mesure précise du sucre.

Depuis 2015, les « Coteaux, Maisons et Caves de Champagne » sont inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco. L'inscription vise des sites précis (les coteaux historiques d'Hautvillers, Aÿ et Mareuil-sur-Aÿ, la colline Saint-Nicaise à Reims, l'avenue de Champagne à Épernay) et non l'ensemble du vignoble, comme on le lit souvent.

Les cépages autorisés

Trois cépages couvrent l'essentiel des vignes : le pinot noir, le meunier (longtemps appelé pinot meunier) et le chardonnay, seul raisin blanc du trio. L'appellation en autorise quatre autres, devenus confidentiels : l'arbane, le petit meslier, le pinot blanc et le pinot gris. Quelques vignerons en tirent des cuvées singulières, à goûter si vous en croisez une.

Ce que disent les étiquettes

  • Blanc de blancs : uniquement du chardonnay. Un style tendu, sur les agrumes et la fraîcheur.
  • Blanc de noirs : un vin blanc issu uniquement de raisins noirs, pinot noir, meunier ou les deux. Plus de corps et de vinosité.
  • Rosé : deux méthodes. L'assemblage, où l'on ajoute au vin blanc une part de vin rouge de Champagne, pratique exceptionnelle pour un rosé. Ou la macération, dite saignée, où le jus prend sa couleur au contact des peaux de raisins noirs.
  • Millésimé : raisins d'une seule année, produit seulement quand la récolte le justifie. Un non millésimé assemble plusieurs années pour garder un style constant d'une bouteille à l'autre.
  • Cuvée de prestige : le haut de gamme d'une maison, comme Cristal chez Louis Roederer ou Grand Siècle chez Laurent-Perrier. La mention n'est pas réglementée : c'est la maison qui en décide.

Brut, extra-brut, demi-sec : quelle différence ?

La différence tient au dosage, c'est-à-dire au sucre ajouté juste avant le bouchage final. Un brut contient moins de 12 grammes de sucre par litre, un extra-brut moins de 6, un brut nature moins de 3 sans aucun ajout. Le demi-sec, lui, monte entre 32 et 50 grammes : c'est un champagne franchement sucré.

Ce sucre est apporté par la liqueur de dosage, un mélange de vin et de sucre ajouté après le dégorgement, l'opération qui expulse le dépôt de levures. La réglementation européenne fixe sept mentions, avec une tolérance de 3 grammes par litre.

Mention Sucres (g/l) Perception Notre avis
Brut nature (pas dosé, dosage zéro) Moins de 3, sans sucre ajouté Très sec, tranchant Superbe sur les huîtres, parfois austère sur un champagne jeune.
Extra-brut 0 à 6 Très sec Le meilleur compromis pour l'apéritif et les fruits de mer.
Brut Moins de 12 Sec Le plus polyvalent, et de loin le plus vendu.
Extra-sec (extra-dry) 12 à 17 Légèrement sucré Rare en Champagne, intéressant avec une cuisine épicée.
Sec 17 à 32 Nettement sucré Pour les plats sucrés-salés, peu courant.
Demi-sec 32 à 50 Sucré Le seul vraiment adapté aux desserts.
Doux Plus de 50 Très sucré Devenu marginal, quelques cuvées récentes se boivent sur glace.

Retenez le paradoxe : sur une étiquette de champagne, « sec » signifie plus sucré que « brut ». Et « zéro dosage » n'est pas une catégorie de plus, seulement un autre nom du brut nature.

La tendance va nettement vers moins de sucre. Avec le réchauffement climatique, les raisins mûrissent davantage et les vins sont moins acides, si bien que beaucoup de bruts actuels se situent plus près de 6 grammes que de 12. Un brut d'aujourd'hui peut donc être bien plus sec qu'un brut des années 1980.

Les grandes maisons, et les autres

Établir un classement des « 10 meilleurs champagnes » n'a guère de sens : les maisons ne jouent pas dans le même registre et une même marque produit des cuvées très différentes. Plus utile : savoir ce que chacune défend.

  • Krug (Reims) : sa Grande Cuvée assemble un très grand nombre de vins issus de nombreuses années.
  • Bollinger (Aÿ) : un style vineux, dominé par le pinot noir.
  • Ruinart (Reims) : le chardonnay au centre de toute la gamme.
  • Taittinger (Reims) : une large place au chardonnay, avec le blanc de blancs Comtes de Champagne.
  • Laurent-Perrier (Tours-sur-Marne) : une référence du rosé de macération.
  • Pol Roger (Épernay) : maison familiale connue pour sa Cuvée Sir Winston Churchill.
  • Moët & Chandon (Épernay) : le plus gros volume de la région. Dom Pérignon n'est pas une maison mais une marque de champagne toujours millésimé, née chez Moët & Chandon.
  • Veuve Clicquot et G.H. Mumm (Reims) : deux grandes marques historiques, au style brut accessible.
  • Nicolas Feuillatte : la marque d'un groupement coopératif, très présente en grande distribution.

Ces noms ne représentent qu'une partie du paysage : des milliers de vignerons élaborent leur propre champagne. Sur l'étiquette, de petites initiales vous renseignent. NM (négociant manipulant) désigne une maison qui achète tout ou partie de ses raisins, RM (récoltant manipulant) un vigneron qui vinifie sa propre récolte, CM une coopérative. À prix égal, un bon RM offre souvent plus de caractère qu'un brut d'entrée de gamme de grande marque.

Les plus anciennes maisons de champagne

Ruinart. Nicolas Ruinart, négociant en draps à Reims, a consigné l'acte fondateur de sa maison dans son livre de comptes le 1er septembre 1729. La date n'a rien d'un hasard : un arrêt royal du 25 mai 1728 venait d'autoriser le transport du vin de Champagne en bouteilles, indispensable pour un vin effervescent. Les premières bouteilles de « vin de bulles » partent en janvier 1730, d'abord offertes aux clients de son commerce de tissus.

D'autres maisons affichent des dates plus anciennes, sans contradiction. Gosset revendique 1584, mais il s'agit de vins tranquilles produits à Aÿ, bien avant l'ère des bulles maîtrisées. Philipponnat cite 1522, date d'installation de la famille dans la région d'Aÿ. Ruinart reste la plus ancienne maison fondée pour produire et vendre du champagne effervescent.

Quel est le champagne le plus cher du monde ?

Le record le plus souvent cité revient à Taste of Diamonds, une bouteille unique de la marque britannique Goût de Diamants présentée en 2013 à un prix annoncé de 1,2 million de livres sterling, soit environ 1,8 million de dollars (et non d'euros, comme on le lit parfois). Le vin n'y est presque pour rien. La bouteille, dessinée par le créateur Alexander Amosu pour un client privé, porte une plaque en or 18 carats gravable et un écusson en or blanc serti d'un diamant d'environ 19 carats.

Ce record ne dit donc rien du goût. Pour les vins eux-mêmes, les écarts de prix s'expliquent par le temps passé en cave bien au-delà des minimums légaux, la sélection des raisins, les faibles volumes et la puissance de la marque. Au-delà d'une centaine d'euros, vous payez surtout la rareté, le temps et le nom : un plaisir supérieur n'est pas garanti.

Comment choisir un champagne selon l'occasion

  • Pour l'apéritif et les fruits de mer : un blanc de blancs ou un extra-brut, dont la vivacité ouvre l'appétit.
  • Pour tout un repas : un blanc de noirs ou un millésimé, assez structuré pour accompagner une volaille, un poisson en sauce ou un comté affiné.
  • Pour le dessert : un demi-sec. Un brut servi avec une bûche paraîtra acide et amer, car le sucre du dessert écrase le vin.
  • Pour offrir sans connaître les goûts : un brut non millésimé d'une maison reconnue ou d'un vigneron que vous avez déjà goûté.

Regardez aussi la contre-étiquette : de plus en plus de producteurs y impriment la date de dégorgement. Elle indique depuis combien de temps le vin a reçu son dosage. Un brut sans année se conserve quelques années, mais il se dégrade vite s'il est stocké à la lumière ou près d'une source de chaleur, comme en haut d'un rayonnage éclairé.

Comment servir le champagne ?

La plupart des champagnes se servent entre 8 et 10 °C. Un millésimé ou une cuvée de prestige s'exprime mieux vers 10 à 12 °C. Plus froid, les arômes se ferment et il ne reste que la sensation des bulles. Le vin gagne quelques degrés dans le verre : visez le bas de la fourchette.

  1. Rafraîchissez la bouteille dans un seau rempli à parts égales d'eau et de glaçons : une quinzaine de minutes suffit pour une bouteille sortie d'une cave fraîche, nettement plus pour une bouteille à température ambiante. Au réfrigérateur, comptez trois à quatre heures. Évitez le congélateur, où un oubli peut faire éclater la bouteille.
  2. Retirez le muselet en gardant le pouce sur le bouchon, inclinez la bouteille, tenez fermement le bouchon et tournez la bouteille, pas le bouchon. Il doit sortir dans un léger soupir. Ne dirigez jamais le goulot vers quelqu'un : la pression dans la bouteille avoisine 6 bars.
  3. Servez en deux temps : un premier fond, le temps que la mousse retombe, puis complétez jusqu'aux deux tiers du verre.
  4. Replacez la bouteille dans le seau entre deux services.

Côté verre, la flûte n'est pas le meilleur choix malgré son image. Étroite, elle met en valeur le cordon de bulles mais laisse peu de place aux arômes. Un verre tulipe, plus large au milieu et resserré au sommet, ou à défaut un verre à vin blanc, donne bien plus à sentir, surtout avec un millésimé. La coupe, elle, disperse bulles et arômes en quelques minutes.

Une bouteille de 75 cl remplit environ sept flûtes de 10 cl, et chacune correspond à peu près à un verre standard, soit une dizaine de grammes d'alcool pur. Selon les repères de consommation d'alcool à moindre risque publiés par Santé publique France, mieux vaut ne pas dépasser deux verres standard par jour et dix par semaine, avec des jours sans alcool : partagée à six, une bouteille reste dans ces repères, alors qu'à deux, elle les dépasse déjà.

Article rédigé par Clémence Rousseau